Les fraudes les plus courantes chez les concessionnaires automobiles

Les fraudes les plus courantes chez les concessionnaires automobiles

Après 38 années à œuvrer dans l’univers des banques (22 ans à la TD et depuis 2002 à la BMO), Sylvie Brunelle, directrice principale Ventes-Québec, a vu neiger, notamment en ce qui concerne les fraudes dans l’industrie automobile. Elle a accepté de partager sa vaste expérience avec les lecteurs d’AutoMédia.

 

 

Cox Automotive

# 1 L’usurpation d’identité

En bout de ligne, le prêt est consenti mais ne sera jamais remboursé, tandis que l’auto est déposée dans un conteneur en partance pour le Moyen-Orient.

CarFax

 

« Dans ce cas-ci, ce n’est pas le vrai client qui se tient devant le directeur commercial. Ce dernier s’apprête à sortir la fiche de crédit d’un client qui n’est pas le bon », explique Mme Brunelle.

Le fraudeur utilise une ou deux fausses cartes d’identité, comme le permis de conduire. Sur celui-ci, les chiffres correspondent à notre date de naissance dans un ordre précis : le jour, le mois et l’année. Or le faussaire inverse fréquemment les chiffres. On pourrait donc détecter la fraude. Mais en concession, c’est souvent le vendeur qui demande la pièce d’identité. Il est tellement content de vendre un véhicule qu’il la regarde d’un œil distrait. Il refile le dossier au directeur commercial trop heureux de prendre la relève. Bref, personne n’examine attentivement la carte.

« Dans le doute, on conseille toujours au concessionnaire de demander deux pièces d’identité avec photo. Et même trois, dit Sylvie Brunelle. Le fraudeur vient souvent d’une autre province. Le véhicule sera luxueux (souvent plus de 50 000$) sans être extraordinaire. Mais pourquoi vient-il la chercher à 300 km de son domicile ? Posez-vous la question. Ou lorsque le client achète tous les produits sans négocier et, en plus, il arrive à 8h30 du matin et ça presse ! »

En bout de ligne, le prêt est consenti mais ne sera jamais remboursé, tandis que l’auto est déposée dans un conteneur en partance pour le Moyen-Orient. La police parle notamment de la Filière libanaise.

Même quand le marchand exige un dépôt, le fraudeur paye sans rechigner puisqu’il sait qu’il récupérera sa mise au terme de l’opération. En fait, verser un acompte est un bon moyen pour endormir davantage la méfiance du vendeur.

Enfin, des concessionnaires sont ciblés parce que les voleurs savent que leur établissement manque de discipline quand vient le temps des vérifications.

 

# 2 Le poteau

Souvent les fraudeurs ciblent un véhicule qui stagne dans l’inventaire (visible en ligne) depuis longtemps.

 

Ici, le client est vraiment qui il prétend être mais la mafia est derrière lui. L’acheteur est en fait un « poteau ».

« Admettons que je sois un professeur d’école avec un crédit A1, un bon revenu, tout le kit ! Puis quelqu’un me propose de gagner 2 000$ très facilement. Tout ce que j’ai à faire, c’est d’acheter une auto à mon nom et mon « contact » s’occupera des paiements », explique Mme Brunelle.

Le crime organisé utilisera l’auto pour livrer de la drogue un peu partout durant six mois ou un an. Pendant cette période, les mensualités sont religieusement payées. Mais dès que l’auto devient trop connue, on l’écarte du circuit, avec énormément de kilomètres au compteur, dans un état pitoyable et, bien sûr, les paiements cessent. L’acheteur reçoit un coup de fil du concessionnaire et répond, ahuri : « Mais pourquoi m’appelez-vous ? Ce n’est pas moi qui fait les paiements. »

Mais c’est votre signature au bas du contrat…

« La concession a parfois une part de responsabilité dans ce type de fraude, dit Sylvie. Quand, par exemple, un directeur commercial fait trois demandes de financement à trois institutions financières en nous disant qu’il magasine, que les trois sont acceptées et qu’il livre trois véhicules au même client. Il nous dira que c’est le directeur des ventes qui lui a demandé de procéder ainsi mais moi je dis qu’il aurait dû nous déclarer que deux autres prêts avaient été consentis. Ça m’arrive de faire trois prêts à une même personne qui a la capacité financière mais pas à un client qui a recours à trois banques. »

Souvent les fraudeurs ciblent un véhicule qui stagne dans l’inventaire (visible en ligne) depuis longtemps. Ils misent sur le fait que le marchand sera trop content de s’en débarrasser.

 

# 3 Les mauvaises infos

Pour que l’on puisse donner une autorisation en quelques secondes, il faut que la qualité de l’information fournie soit parfaite. 

 

Il y a des directeurs commerciaux qui arrondissent les coins.

« S’il a devant lui un retraité doté d’un revenu mensuel de 1 600$, un F&I pourrait choisir d’inscrire 2 500$ sur son écran. À ses yeux, ce n’est même pas de la fraude. Mais je vais devoir approuver un prêt à partir d’une mauvaise information. Nous approuvons à partir de renseignements comme le revenu du client, le montant de son loyer (location ou hypothèque), son adresse, sa date de naissance et son numéro d’assurance sociale. Ces cinq critères suffisent pour que la banque approuve un prêt en une seconde ! Mais si tu fais une seule erreur avec ces infos… »

« Tu as des omissions involontaires et volontaires. Les premières, ce n’est pas une fraude. Par contre, c’est de la négligence. L’employé ne réalise pas l’importance d’une information exacte. Ce qui nous amène à la formation fournie par le concessionnaire à son personnel. »

« De la fraude, c’est quand le F&I écrit que le client demeure à la même adresse depuis trois ans alors que son permis de conduire dit six mois. »

« Pour que l’on puisse donner une autorisation en quelques secondes, il faut que la qualité de l’information fournie soit parfaite. On s’attend à ce que le preneur d’information agisse en conséquence. Mais l’humain étant l’humain, le F&I peut entrer une erreur par distraction. Et tu as l’autre qui pense surtout à sa commission et qui se dit que tout le monde agit comme lui, que c’est ça le domaine de l’automobile. Ces personnes-là sont dangereuses. Heureusement, ce n’est pas la majorité », raconte une Sylvie qui en a vu de toutes les couleurs durant sa carrière.

« Je connais un concessionnaire qui s’est fait abuser par son directeur commercial et sa collection de menteries. Ce n’est pas de l’argent de Monopoly. Ça prend un minimum de contrôle. »

N’oublions pas les marchands qui ne sont pas accrédités par des banques et qui demandent à d’autres concessionnaires de faire leurs transactions. « Ça peut être un vendeur qui n’a pas assez de transactions pour être appuyé par une banque, ou dont les états financiers ne sont pas assez beaux », précise Sylvie Brunelle.

 

Tu gagnes combien ?

« La majorité des clients gonflent leurs revenus de 10% quand ils font affaire avec les banques, dit Sylvie Brunelle. C’est classique. Si en plus les F&I commencent à gonfler les revenus que le client a déjà gonflé… 

« Quand on demande une confirmation salariale – ce qui n’arrive pas souvent, i.e. 10% des dossiers – la recherche supplémentaire confirme que le salaire réel ne correspond à l’info dans 98% des cas.

« On ne vérifie pas si souvent que ça parce qu’on s’attend à ce que ça soit fait par le directeur commercial. Prenons une jeune femme qui travaille dans un dépanneur et qui prétend gagner 45 000$ par année. Je m’attends à ce que le F&I allume un peu ! »

 

Les conséquences

  • J’accorde un nombre d’approbations automatiques à la concession mais je les retire quand on s’aperçoit que les gens ne les utilisent pas correctement par manque de vigilance.

 

  • Quand une concession est trop souvent victime de fraudes, on met fin à la relation. Des fois, on ne doute pas même de l’intégrité du concessionnaire mais le type de client qu’il sollicite n’est pas un risque acceptable pour nous.

 

  • J’ai poursuivi en cour un concessionnaire qui, lui, a poursuivi sa directrice commerciale.

 

  • Il m’est arrivé de refuser un prêt à un marchand parce que nous, à l’interne, nous avions découvert la fraude à temps. Je dis alors au concessionnaire de récupérer le véhicule le plus rapidement possible.

 

  • J’ai vu un marchand mettre une récompense de 5 000$ sur Facebook pour qu’on l’aide à récupérer un véhicule de 50 000$ équipé d’une géolocalisation. Il l’a retrouvé en l’espace de quelques jours.

 

Sur la photo d’entête
Au cours de sa longue carrière, Sylvie Brunelle, directrice principale Ventes-Québec à la BMO, a eu maille à partir avec plusieurs manigances de fraudeurs.

 

Catégories: Industrie

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