Tête-à-tête: Vincent Cobee, directeur mondial de la planification chez Mitsubishi Motors

Tête-à-tête: Vincent Cobee, directeur mondial de la planification chez Mitsubishi Motors

Vincent Cobee connaît bien le Canada. Diplômé de l’École Nationale des Ponts et Chaussées et d’un MBA de Harvard, il a travaillé chez nous à la construction d’infrastructures routières. En 2002, il se joint à Nissan. Il y enfile les postes importants jusqu’à devenir aujourd’hui, dans le cadre de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, le gars en charge de la planification de tous les produits Mitsubishi dans le monde, incluant les véhicules électriques et autonomes. Comme la réputation d’un constructeur repose d’abord et avant tout sur ses produits, la responsabilité de M. Cobee dans les succès actuels et surtout futurs de Mitsubishi revêt une importance ca-pi-ta-le !

C’est pourtant avec calme, humour et franchise qu’il a répondu à toutes les questions des journalistes automobiles du Québec, incluant le représentant d’AutoMédia, pendant une visite-éclair à Montréal. Voici les meilleurs extraits de ces échanges où la langue de bois n’a pas eu droit de parole.

Sirius: Application

 

Note aux lecteurs: l’arrestation de Carlos Ghosn fait des remous. Trevor Mann, un très proche collaborateur de Ghosn qui avait accepté à sa demande de devenir le COO de Mitsubishi en 2016 pour faciliter l’intégration du 3e joueur à joindre l’Alliance Renault-Nissan, a quitté ses fonctions à la fin de mars. Dans la foulée, Vincent Cobee a décidé de l’imiter. AutoMédia a rencontré le directeur de la planification mondiale à Montréal en janvier et nous avions aussi parlé de Ghosn mais “off the record”. Chose certaine, M. Cobee avait manifesté une grande admiration pour Carlos Ghosn et, avant lui, M. Mann, qu’AutoMédia a aussi interviewé (voir article ici), avait déclaré que M. Ghosn était d’abord et avant tout un ami. On peut donc se demander si le départ surprenant de ces deux exécutifs très haut placés ne serait pas leur manière à eux d’afficher leur solidarité envers le grand patron déchu. Quoiqu’il en soit, voici l’entrevue accordée par Vincent Cobee qui, tout à coup, prend un éclairage nouveau…

 

Le futur de Mitsubishi?

Il dépend du futur de l’Alliance.

 

L’importance du prototype e-Evolution (dévoilé au dernier Salon international de l’auto de Montréal) ?

Ce proto symbolise :

  • Les valeurs VUS chères à la marque, incluant la traction intégrale ;
  • L’électrification touchera toute notre gamme. Tous nos véhicules auront des versions électrifiées d’ici 2023-2024 ;
  • On a plus d’infos dans une auto que ce qu’on est capable de digérer. Alors nous, on veut aider le client à s’y retrouver, qu’il ait zéro souci entre la  maison et le bureau ;
  • Au-delà de 2021, un monde différent se profile et notre prototype donne un avant-goût de ce qui s’en vient.
Mitsubishi e-Evolution

Au dernier Salon international de l’auto de Montréal, le dévoilement du prototype e-Evolution a marqué la première canadienne d’un véhicule utilitaire multisegment haute performance entièrement électrique.

 

Pourquoi pas un pick-up Mitsubishi (comme le L200/Triton) en Amérique du Nord et, qui plus est, électrifié ?

Primo, à cause des coûts prohibitifs pour réguler nos camionnettes actuelles aux normes nord-américaines. Deuxièmement, le client d’un pick-up est un client loyal, donc dur d’obtenir du volume. En plus, c’est un segment volatil, qui dépend du coût de l’essence. Quant à leur électrification, est-ce que les véhicules sur châssis à échelle seront les derniers à être électrifiés ? En tout cas, il y aurait de l’espace pour les batteries. Ford va le faire et Chrysler en parle. Pour le format intermédiaire, c’est possible ; pour les camionnettes pleine longueur, je ne pense pas. Bref, ça me coûterait une fortune et j’ai peu de chances de gagner !

Le Triton/L200

Bien que Mitsubishi produit et vend des camionnettes, comme ce Triton (aussi appelé L200), Vincent Cobee ne s’attend pas à les voir débarquer dans un avenir rapproché au Canada à cause des coûts d’homologation et de la vive compétition qui fait rage dans ce segment.

 

Que dire de votre réseau de concessionnaires ?

L’Alliance a déjà augmenté la visibilité de la marque. Ça rassure les marchands. Nous voulons instaurer une culture de croissance. Les performances devront être là. Les dealers « faibles » devront en répondre à l’Alliance. Sinon, out ! On perd souvent des ventes parce que le dealer n’a pas les reins assez solides pour prendre un inventaire décent. La santé financière de la concession + la promotion de la marque + la satisfaction du client, voilà les trois principaux points que nous surveillons en tant que constructeur.

 

 

Le Québec a sa Loi Zéro Émission et Mitsubishi la rencontre. Ottawa planche sur une loi semblable. Serez-vous prêts à l’échelle nationale ?

Je pense que les gouvernements ont le rôle d’accélérer les transformations. Mais c’est l’attente des clients et l’offre des constructeurs qui vont définir le long terme. Aussi, ça serait bien que les règlementations à travers le monde soient semblables d’un pays à l’autre.

 

L’auto, c’est aussi une question de passion, comme le symbolisait jadis votre Evo. Le jour où l’auto devient une commodité, c’est la mort. Même Toyota a donné du punch à ses modèles. Et Mitsubishi ?

Nous allons commencer par renouveler nos véhicules actuels, dont l’Outlander (pour 2021), après on pourra se permettre de rêver. Nous sortons d’une situation où la compagnie n’a pas fait de profits en 2016 et où le volume des ventes n’a pas augmenté pendant 10 ans.

Mitsubishi Evolution IX

 

Content des performances du Outlander PHEV chez nous ?

Après l’Angleterre et le Japon, le Canada arrive au 3e rang des plus gros acheteurs d’Outlander PHEV et 47% de ses ventes sont au Québec. Nous sommes plutôt contents ! On ne fournit pas. Nous avons un beau problème avec tous ces gens qui nous demandent plus de voitures. Je suis content de cette situation car on va vendre les véhicules pour ce qu’ils valent. Je ne veux pas de surcapacité. On ne baissera pas le prix du véhicule même si les incitatifs gouvernementaux tombaient. Collectivement, nous avons vendu des VÉ comme des « cas de conscience ». Soit à des « tree huggers », soit grâce aux incitatifs. Demain, ça sera par choix économique. Le constructeur a un rôle d’éducateur à jouer.

À Londres, tu payes pour conduire au centre-ville ou c’est gratuit si tu conduis une voiture à énergie renouvelable. Mais Londres ne demande pas qu’on conduise un PHEV en mode EV, c’est un peu ridicule. On pourrait envisager un interrupteur qui ferait passer automatiquement le véhicule en mode EV. À Singapour, où j’ai vécu, les taxis ne peuvent rouler à plus de 55 km/h sinon une lumière sur le toit clignote ! Nous avons une responsabilité sociale de supporter un air plus propre.

Mitsubishi Outlander PHEV

 

Vos prochains PHEV ?

Je m’attends à une batterie de 20 kWh pour nos prochains PHEV (ndlr : 12 kWh actuellement) car une autonomie de 35 km, ce n’est pas assez. Faudrait 80-100 km. Et pour les VÉ, les constructeurs vont de plus en plus offrir 2 types de batterie. Je parie que les gens vont choisir la moins puissante (moins chère).

 

Le futur ?

À notre concession de Setagaya, au Japon, on adresse le chauffage d’une maison et la conduite d’une auto. Deux grosses dépenses ! On regarde ce que l’Allemagne, l’Australie, la Californie, la Floride font avec les panneaux solaires. Un jour, l’équation fonctionnera, nous aurons un réseau de concessions qui seront des guichets uniques, qui vendront tout pour la maison et pour l’auto.

Le trio Mitsubishi : Patrick Renaud, directeur général des ventes pour le Québec,  Vincent Cobee, directeur mondial de la planification, et Tony Laframboise, ex-président et chef de la direction de Ventes de véhicules Mitsubishi du Canada (VVMC) à la retraite depuis le 1er avril (remplacé par Juyu Jeon).

 

 

 

 

 

 

Catégories: Industrie

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