La contre-attaque du financement automobile s’organise face à la fraude

Lorsqu’on aborde le sujet de la fraude, inutile de se cacher la tête dans le sable comme l’autruche le fait si bien. Ce fléau constitue désormais un enjeu majeur au sein de l’industrie automobile.
Selon le PDG de l’Association canadienne des prêteurs (CLA), Gary Schwartz, les prêts automobiles frauduleux représentent à eux seuls près d’un milliard de dollars de pertes par année à l’industrie canadienne du crédit. Alimenté par des demandes de crédit falsifiées et l’usurpation d’identité, ce type de fraude augmenterait même de plus de 50 % par année, soutient Equifax Canada.
C’est beaucoup d’argent.
« Le système n’est pas conçu pour que les institutions financières absorbent à répétition les pertes liées à des vols de véhicules. Il faut être plus agile », avertit Philippe MacBeth, de la Banque Royale du Canada.
Depuis deux ans, son équipe et lui ont justement multiplié les rencontres d’informations avec leurs partenaires d’affaires dans les concessions automobiles afin de mieux prévenir les cas de fraude. Prêter attention aux signatures et à la provenance des acheteurs (on n’est plus en pénurie de véhicules) et s’assurer que la livraison se fasse en concession, ça fait partie des éléments de base de prévention que préconise l’institution financière, dit-il.
La Banque Royale du Canada dispose également de nouveaux outils de vérification à l’interne qui aident à confirmer l’identité et les revenus du consommateur avant d’accorder ou non son feu vert à un prêt automobile, ajoute Philippe MacBeth.
L’identification numérique en plein essor
À propos d’outils de vérification, plusieurs institutions financières exigent ces jours-ci l’utilisation d’applications d’identification numérique pour les demandes de prêt automobile aux particuliers. « La Banque CIBC a été la toute première à préconiser ce type d’outil auprès des marchands indépendants le 1er septembre dernier », soulève fièrement Christian Georges, directeur régional des ventes Québec et Ottawa, à CIBC Auto Finance et à Auto Capital Canada.
Que ce soit à l’aide de biométrie, d’authentification à deux facteurs ou d’autres technologies comme l’intelligence artificielle, CIBC Auto Finance demande désormais aux marchands indépendants d’utiliser un service permettant d’aider à la confirmation de l’identité d’une personne sur place. « Au début, certains marchands ont été surpris de cette nouvelle procédure. Mais rapidement, ils se sont rendu compte que les procédés sont assez simples… et surtout très efficaces », ajoute Christian Georges. D’ailleurs, CIBC Auto Finance envisagerait de prescrire ce processus à l’ensemble des concessionnaires automobiles au cours des prochains mois.
Une étape qu’a déjà franchie, du moins en partie, la Banque TD ce printemps. « En plus d’avoir implanté le processus d’identification numérique auprès des marchands indépendants en novembre dernier, nous l’avons fait le 1er mai dernier auprès de nos concessionnaires de véhicules neufs dans les marques de luxe (Mercedes-Benz, Audi, Porsche, BMW, Jaguar et Land Rover) », signale Luigi Mancini, directeur régional du Québec, à Financement auto TD.
Des outils qui aident, certes, à dissuader les fraudeurs, mais qui aident largement à diminuer les pertes autant chez les institutions financières que chez les concessionnaires, indique le gestionnaire, dont l’institution demeure pour une neuvième année consécutive le prêteur non captif présentant le plus haut taux de satisfaction au Canada au classement J.D. Power.
Et qui dit moins de pertes dit aussi, en passant, de meilleurs bonis pour les marchands et les concessions avertis.
Des conséquences pour les consommateurs
Dans une lettre ouverte publiée dans le Toronto Star, Gary Schwartz, PDG de la CLA, explique que les fraudeurs utilisent des renseignements personnels volés (obtenus par hameçonnage, fuites de données ou usurpation d’identité) pour créer de fausses identités, demander des prêts automobiles et acheter des véhicules au nom d’autrui sans leur consentement.
« Bien que la fraude automobile implique rarement de violence physique, son impact sur les victimes est considérable : dettes importantes, cote de crédit ruinée, sans oublier le processus épuisant de rétablissement de leur identité. Nombre de ces victimes sont des personnes âgées ciblées précisément parce qu’elles ne connaissent pas les tactiques de fraude », avise M. Schwartz.
Le crédit alternatif monte la garde
Mentionnons que plusieurs prêteurs du crédit alternatif font eux aussi appel au processus d’identification numérique pour mieux prévenir les fraudes. Iceberg Finance le fait depuis ce printemps (avril 2026).
L’automne dernier, l’entreprise en affaires depuis 2015 a fait l’objet d’une fraude impliquant une douzaine de véhicules. La valeur du vol s’est élevée à 350 000 $. « Et dire que les fraudeurs ont versé les deux premiers paiements, ensuite plus rien », raconte son PDG, Réal Breton. Son équipe et lui ont mis en place des solutions pour prévenir ce type de vols.
Les fraudeurs, poursuit-il, sont constamment en quête de failles dans le système et surtout de secteurs qui sont en évolution. « Force est d’admettre que l’augmentation des parts de marché du crédit alternatif dans le prêt automobile les a attisés », explique le financier.
Selon Luc Tremblay, directeur régional des ventes Québec, iA Financement auto, les outils d’identification numérique permettent de réduire considérablement les fraudes liées à l’usage de « clients synthétiques ». « Grâce à ces outils, l’indice du risque de pertes frauduleuses tend à se stabiliser. Mais pas question pour autant de baisser la garde. Les fraudeurs cherchent déjà les moyens de profiter pleinement de l’actuel contexte économique pour élaborer leurs prochains stratagèmes », prévient-il.
Gare aux fraudes à l’interne
Bien que les risques les plus fréquents pour les concessionnaires soient l’usurpation d’identité, les faux documents, la fraude au financement, le vol d’informations bancaires, la compromission de courriels, le piratage et les demandes frauduleuses de changement de coordonnées bancaires, la fraude est de plus en plus sophistiquée, tient à souligner André-Martin Hobbs, PDG de DecisioningIT.
« Elle ne vient plus seulement d’un faux client en salle de montre. Elle peut aussi viser l’administration, la comptabilité, les courriels de direction, les employés et même les systèmes informatiques du concessionnaire.
Raisons pour lesquelles la prévention passe désormais par des contrôles plus rigoureux tels que la vérification des pièces d’identité, la vérification des coordonnées, la confirmation indépendante des informations bancaires, la double approbation pour certains paiements, la formation des employés, la conservation des preuves de vérification et, comme indiqué plus tôt dans ce texte, l’utilisation d’outils de vérification d’identité numérique lorsque requis.
Et, soit dit en passant, la plupart des financiers à qui nous avons parlé y vont d’une mise en garde à l’endroit des directeurs et directrices de département financier qui seraient tentés de gonfler les revenus d’un client afin de mousser ses chances d’obtenir un prêt. Une stratégie qui entre aussi dans la catégorie des fraudes, avertissent-ils.
Non seulement, disent-ils, ils connaissent les trucs du métier, ils disposent d’outils qui permettent d’estimer la véracité des informations qui figurent dans les transactions.
Par conséquent, les marchands et les concessionnaires ont intérêt à suivre les règles financières s’ils veulent continuer d’avoir de très bonnes relations d’affaires avec leurs prêteurs.
Ces derniers, nous dit-on, peuvent avoir la mémoire longue.
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