Dans plusieurs concessions, le département de crédit fonctionne encore trop souvent au cas par cas. Chaque F&I a sa méthode, ses habitudes, ses suivis, ses priorités et sa façon d’analyser un dossier. Sur papier, ça peut sembler flexible. Dans la réalité, ça crée souvent de la confusion, des délais, des pertes d’opportunités et des risques opérationnels importants.

Le véritable problème n’est pas seulement qu’un dossier soit refusé par une banque. Le vrai problème, c’est de ne pas savoir pourquoi il a été refusé, où il a bloqué, combien de temps il est resté inactif, ou à quelle étape l’opportunité a été perdue.

Un département de crédit sans standardisation, c’est un département difficile à mesurer. Et ce qui ne se mesure pas devient très difficile à améliorer.

Ce texte a été rédigé par Katy Fontaine, Présidente du Groupe LaCoche et experte en crédit automobile et standardisation des pratiques.

Un processus difficile à contrôler

Dans un processus de financement, il y a plusieurs étapes importantes : la prise de contact avec le client, l’analyse du dossier de crédit, la qualification réelle du client, la recherche du bon véhicule, la vérification des revenus, la collecte des preuves, la soumission bancaire, les conditions d’approbation, la préparation du véhicule, la livraison et parfois même le suivi avec un syndic ou un autre intervenant externe.

Lorsque le cheminement d’un dossier n’est pas clairement structuré, chaque étape devient une source potentielle de friction. Un document peut rester en attente, une approbation peut expirer, un véhicule peut demeurer réservé inutilement et un client peut perdre confiance faute de suivi. À terme, l’organisation subit des pertes de temps, de revenus et de crédibilité, sans toujours être en mesure d’en identifier la cause exacte.

Et c’est là que le manque de standardisation devient coûteux.

 

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Les conséquences

Il retarde les réponses aux clients. Il bloque l’inventaire. Il ralentit les livraisons. Il fait perdre des revenus. Il augmente les risques d’erreurs. Il rend aussi le coaching beaucoup plus difficile pour les gestionnaires.

Parce qu’avant de pouvoir améliorer la performance d’un F&I, il faut d’abord savoir où se trouve le problème. Est-ce dans l’analyse du bureau de crédit ? Dans la qualification du client ? Dans le choix du véhicule ? Dans la compréhension des programmes bancaires ? Dans la collecte des documents ? Dans le suivi client ? Dans la gestion des délais ?

Sans processus clair, on finit souvent par donner des conseils trop généraux : « fais plus de suivis », « sois plus rapide », « close davantage ». Mais si le vrai problème est dans l’analyse du dossier ou dans le choix du véhicule, ces conseils ne règlent rien.

 

Un levier de performance

La standardisation permet justement de mettre de l’ordre dans le processus. Elle permet de savoir, à tout moment, où est rendu chaque dossier. Est-il en attente d’un premier contact ? En analyse ? En recherche de véhicule ? En attente de preuves ? En soumission bancaire ? En préparation ? En livraison ? Fermé ? Perdu ? Refusé ? Reporté ? Et la liste continue…

Et surtout : pourquoi ?

Cette information est essentielle. Un dossier perdu sans raison documentée est une occasion d’affaires qu’on ne peut pas corriger. Un dossier refusé sans analyse est une occasion d’apprentissage perdue. Un dossier qui traîne sans statut clair devient un risque pour la concession.

Le crédit spécialisé ne peut pas être géré comme une simple opportunité de vente dans un CRM généraliste. Les départements de crédit ont besoin d’outils et de méthodes adaptés à leur réalité. Un statut « en suivi » ou « en cours » n’est pas suffisant. En crédit, un dossier peut être vivant, mais bloqué. Il peut être approuvé, mais impossible à livrer. Il peut être refusé, mais récupérable avec une meilleure stratégie. Il peut être en attente d’un document, d’un véhicule, d’un syndic, d’une condition bancaire ou d’une décision du client.

Ce niveau de précision est important parce qu’il permet aux gestionnaires de prendre de meilleures décisions. Il permet aussi de prioriser les dossiers qui ont de vraies chances de livraison, de libérer plus rapidement les véhicules qui ne devraient plus être réservés et d’éviter que l’équipe travaille dans le flou.

 

Mieux gérer pour mieux performer

Dans mes années d’opération, j’ai compris qu’un bon processus de crédit ne sert pas à compliquer le travail. Au contraire, il sert à simplifier la gestion. Quand les étapes sont claires, l’équipe sait quoi faire, le gestionnaire sait quoi mesurer, et le client reçoit un meilleur accompagnement.

Standardiser ne veut pas dire robotiser. Ça ne veut pas dire enlever le jugement professionnel du F&I. Ça veut dire créer une base commune, une méthode claire et des repères précis pour que chaque dossier soit traité avec rigueur.

Dans un marché où les marges sont surveillées, où les clients magasinent davantage et où les prêteurs sont de plus en plus exigeants, les concessions ne peuvent plus se permettre de gérer le crédit à l’instinct.

Un département de crédit performant doit être structuré, mesurable et coachable.

Parce qu’au fond, la standardisation ne sert pas seulement à suivre des dossiers. Elle sert à mieux comprendre ce qui se passe réellement dans le département.

Et quand on comprend mieux ce qui se passe, on peut enfin améliorer les résultats.

 

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