Quel est l’avenir du journalisme automobile ?

À ce que je vois, ils sont aussi nombreux à prédire la disparition prochaine du métier de journaliste automobile qu’à menacer d’extinction rapide la voiture individuelle à cause du tsunami annoncé des véhicules à conduite entièrement autonome.

Et pourtant, après quasiment quarante années à pratiquer exclusivement ce métier, je viens tout juste d’aller prendre une voiture exceptionnelle, la nouvelle Porsche 911 Turbo S 2021, avec toute la fébrilité et un peu de la nervosité du pur débutant.

Et pourtant, je me demande encore comment je vais produire tous les textes promis sans y passer quelques nuits très pâles. Pensez donc, j’aurai trois articles à écrire seulement sur la Turbo S. Parce qu’il reste encore beaucoup de travail dans ce domaine. Le hic, c’est qu’il y a beaucoup moins de sous dans les caisses pour que nous soyons nombreux à en tirer un revenu honnête.

 

Je choisis

Ma situation n’est évidemment pas celle de mes collègues plus jeunes. Ceux qui ont quelques bouches de plus à nourrir ou ceux qui sont encore trop jeunes pour ça et qui s’achètent de gros jouets qui roulent à la place. Mes rejetons sont grands et autonomes. Au point où j’en suis, je peux donc faire seulement ce que j’aime et ce que j’ai envie de faire. Ça tombe bien, j’aime encore plein de choses. 

J’ai adoré les magazines et les imprimés de toutes sortes, mais j’ai fait aussi de la télé, de la vidéo et même de la radio à l’occasion. Et quand le Web s’est pointé, j’y ai sauté à pieds joints, dès 1996. L’année suivante, j’étais l’édimestre du site bilingue de trois équipes de sport mécanique inscrites en championnat du monde avant de créer mon propre site, qui portait le nom Formule Libre.

Peu après, j’étais embauché par Microsoft pour développer et lancer les sites MSN Autos Canada, dont j’étais le rédacteur en chef surmené. L’aventure a duré huit ans et le saut en parachute m’a ramené au Guide de l’auto, où j’ai débuté dans ce métier.

Parce que je crois toujours à ce phénomène unique qu’est le Guide et au fait qu’il complète merveilleusement le site Web qui porte son nom et ses autres tentacules, dans un domaine et un monde où le numérique est en train de tout bouffer sur son passage.

 

Et pourtant, en cette époque d’articles « clique-bête » et de Top 5-10-15 vite faits, à répétition, je suis persuadé qu’il y a encore de la place pour des articles et des essais solides, fouillés et bien fignolés. Avec d’excellentes photos, tant qu’à y être. Des choses qu’on ne peut tout simplement pas ficeler en trente minutes pour les mettre en ligne avant tous les autres. – Marc Lachapelle, journaliste automobile, coauteur du Guide de l’auto

 

Transformations et défis

La pandémie actuelle lui permet toutefois de montrer son autre visage, puisque les constructeurs multiplient les présentations de nouveaux modèles par vidéoconférence et autres semblables. Temporaire ou pas, la disparition des lancements traditionnels, avec leur débauche de vols aux quatre coins de la planète, pousse donc les constructeurs à transporter les nouveautés vers les journalistes, plutôt que le contraire.

Leur défi est maintenant de rendre ces véhicules disponibles, en nombre suffisant, aux chroniqueurs et journalistes automobiles. Sans compter ces soi-disant influenceurs qui leur sont chers (dans tous les sens du mot). C’est loin d’être gagné. À titre d’exemple, nous serons seulement deux à conduire cette 911 Turbo S au Québec avant qu’elle retourne en Allemagne.

Au cœur de ces mutations croisées, c’est la vidéo sur le Web qui est en train de gagner une guerre sans règlements, avec la multiplication, la progression et la démocratisation accélérées des outils de production. Elle y arrive en se faufilant entre les gros joueurs qui subsistent et en les devançant, bien souvent. Tant pis pour la télévision, la locomotive d’hier.

Et pourtant, en cette époque d’articles « clique-bête » et de Top 5-10-15 vite faits, à répétition, je suis persuadé qu’il y a encore de la place pour des articles et des essais solides, fouillés et bien fignolés. Avec d’excellentes photos, tant qu’à y être. Des choses qu’on ne peut tout simplement pas ficeler en trente minutes pour les mettre en ligne avant tous les autres.

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