L’édito d’Antoine Joubert: Même prix, 30 ans plus tard…

L’édito d’Antoine Joubert: Même prix, 30 ans plus tard…

Les experts sont unanimes. L’automobile telle qu’on l’a connue ne sera jamais plus la même. Je parle bien sûr de l’industrie automobile, qui comme plusieurs autres domaines souffre et souffrira encore longtemps des répercussions de la COVID-19. Par: Antoine Joubert. 

Certains commerces forcés de fermer n’ont pu rouvrir leurs portes alors que d’autres, qui faisaient jadis des affaires d’or, survivent à peine en gardant la tête hors de l’eau. Plusieurs commerçants doivent aussi s’adapter à la nouvelle réalité et ajuster leur façon de marchander parce que les règles comme les lois du marché ont changé. 

Maintenant, vous serez sans doute d’accord avec moi que l’industrie automobile a trop longtemps étiré l’élastique. Que jamais, jusqu’au début du mois de mars, il n’avait été aussi facile de se procurer une voiture, nonobstant les moyens de l’acheteur. J’ai d’ailleurs toujours en tête ce commis de chez IGA qui m’interpelle à l’occasion, me racontant sans cesse le rêve qu’il vit depuis qu’il conduit cette Mercedes-Benz C300 4Matic flambant neuve. Une voiture qu’il peut se permettre, dit-il, grâce à la rigueur qu’il met dans la gestion de son budget. 

Cox Automotive

Je l’avoue, la fierté dans son regard comme dans ses énoncés est belle à voir. Mais il est clair que ce commis, aussi économe soit-il, n’aurait pu se permettre de rouler en Mercedes-Benz s’il était né 30 ans plus tôt. Parce que les voitures étaient à cette époque beaucoup plus chères en proportion des revenus, et parce que l’accès à du crédit n’avait non plus rien de comparable. Aujourd’hui, un étudiant du cégep peut avoir accès à une carte de crédit Or, alors qu’en 1990, il fallait être millionnaire pour en bénéficier. Et bien sûr, inutile de vous rappeler que le millionnaire de l’époque était, comparativement à nos jours, réellement riche !

 

CarFax

Le financement: aujourd’hui VS il y a 30 ans

Pour illustrer mes propos, j’ai eu l’idée de ressortir des données de financement d’une voiture commune d’il y a trente ans (la Honda Civic) pour les comparer avec celles d’aujourd’hui. Donc, une berline Honda Civic DX 1990 vendue 13 895 $, financée généralement sur un terme de 48 mois et à un taux de 10,49 %, avec pour résultat une mensualité de 409,05 $, aura un coût total d’emprunt de combien ? 3654,94 $.

Maintenant, revenons en 2020, alors que la berline Civic EX (milieu de gamme) est vendue au double du prix, soit 26 560 $. Aujourd’hui, on vous loue cette voiture à un taux de 0,99 % pour 48 mois, pour 387 $ par mois, et on vous la finance sur 84 mois à un taux de 3,49 % pour une mensualité de 410,37 $. Coût total de l’emprunt ? 3926,89 $.

Voilà, la Honda Civic, mille fois plus équipée et poussée technologiquement, vous coûte en 2020 le même prix qu’il y a trente ans. Faut-il donc être étonné de son succès ? Bien sûr, vous me direz que les taux de financement n’étaient pas les mêmes et que le fait qu’on construise aujourd’hui deux fois plus de véhicules qu’à cette époque permet d’en abaisser les coûts de production. Maintenant, on peut aussi imaginer que l’acheteur moyen d’une Civic en 1990 roule aujourd’hui en CR-V Touring, voire en Pilot, et que ce sont les acheteurs de voitures d’occasion qui s’offrent aujourd’hui de belles Civic neuves.

 

L’effet COVID-19

Si le passionné d’automobiles que je suis a choisi ces dernières semaines de calmer ses ardeurs et de ne pas acheter la dernière jolie voiture sport qu’il avait ciblée, je me dis que l’acheteur moyen risque de revenir à la raison davantage. Pourrait-on ainsi envisager des choix plus logiques et prudents pour les futurs acheteurs ? Des choix automobiles qui leur permettront de composer avec une crise si cela se reproduit. Des choix qui faciliteront peut-être l’accumulation d’un petit coussin financier, nécessaire pour traverser ce genre d’épreuve. 

Je ne suis évidemment pas devin, mais mon petit doigt me dit que les voitures et les petits VUS gagneront en popularité. Que certains constructeurs regretteront l’abandon des voitures et que les gros sept passagers servant trop souvent aux familles de trois ou quatre baisseront en popularité. Les marques de luxe ? Certaines pourraient ne pas passer à travers, surtout celles qui sont actuellement en difficulté, alors que les mieux positionnées se maintiendront parce que les bien-nantis le demeureront sans doute pour la plupart. Quant à la voiture d’occasion, sa popularité grimpera en flèche au même titre que sa valeur. Parce que les gens comme l’industrie ne considéreront plus autant la voiture d’aujourd’hui comme du consommé-jeté, mais plutôt comme un bien dont il faut prendre soin. 

Cela m’amène à dire que les ateliers mécaniques pourraient constater un entretien plus rigoureux de la part de leur clientèle, ce qui faciliterait alors la vente de services mécaniques et de pièces automobiles. Ajoutons également à cela l’aspect financier. Parce qu’avec la quantité innombrable de faillites personnelles et la montée en flèche du surendettement, il se pourrait bien que l’accès à une voiture neuve soit plus difficile dans les années à venir. Mais ça, seul l’avenir nous le dira.  

Alors ? Pour 400 $ par mois, que ferez-vous ? Une voiture d’occasion financée sur trois ou quatre ans ? Une voiture neuve louée ou financée sur un très long terme ? Ou un coussin confortable vous permettant d’entretenir votre voiture actuelle de façon adéquate, pour qu’elle perdure, tout comme votre confort financier ? Chose certaine, la COVID-19 aura pour effet de faire réfléchir beaucoup plus d’automobilistes qui, autrement, se lanceraient dans de folles dépenses sans même se poser de question. 

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