Le Hummer : adulé, démonisé, puis adulé de nouveau

« Il est clair que GM doit changer. Nous ne pouvons plus penser comme avant. » On croirait entendre Mary Barra, actuelle PDG de General Motors, s’exprimer sur les 30 VÉ que lancera son entreprise d’ici 2025. C’est pourtant Jack Smith, un de ses prédécesseurs, qui a déclaré cela en janvier 2000 en dévoilant un véhicule concept au Salon de Détroit : le Hummer H2 Vision.

Ébahie par ce prototype massif, la presse spécialisée y voyait l’amorce d’un combat de titans : Hummer contre Jeep, deux icônes issues de la guerre. En effet, c’est pour l’armée américaine qu’AM General crée le HMMWV (High Mobility Multipurpose Wheeled Vehicle) au début des années 80. Rebaptisé « Humvee » sur le terrain, ce blindé acquiert une réputation d’efficacité lors de l’invasion du Panama, en 1989, et plus encore durant la très médiatisée Guerre du Golfe au début des années 90. 

Mais sans Arnold « Terminator » Schwarzenegger, qui s’en est entiché au point de convaincre AM General de lui construire une version « civile » (livrée à l’été 1991), le Humvee ne serait peut-être jamais devenu le Hummer. C’est le nom imaginé par AM General pour le modèle de série qui en découlera. Lancé en 1992, il devient le chouchou des grands de ce monde. Al Unser Sr et Jr, André Agassi, Howard Stern, Mike Tyson, Ted Turner et même la frêle chanteuse islandaise Björk auront le leur. 

Un « Humvee » des années 90 d’AM General.

Une présence accrue dans les productions hollywoodiennes comme Des hommes d’honneur (1992), Crimson Tide (1995), Le Jour de l’indépendance (1996) et Le Monde perdu : Jurassic Park (1997) amplifiera sa notoriété. Il n’en faudra pas plus pour que GM flaire la bonne affaire. 

En 1999, une entente conclue avec AM General donne au premier constructeur américain les droits sur le nom Hummer. Il reprend alors à son compte la commercialisation du modèle civil, renommé H1, et prépare une gamme de produits : les H2 (2003-2009) et H3 (2005-2009).

Véhicule concept H2 Vision présenté par General Motors au Salon de l’auto de Détroit, en janvier 2000.

Tout ira pour le mieux jusqu’en juillet 2003, lorsque le Sierra Club, une ONG environnementaliste américaine, démonise le phénomène Hummer dans la foulée de catastrophes environnementales. On en fait un symbole de pollution et on ridiculise ses acheteurs (après avoir fait de même avec le Ford Excursion). La situation prend une tournure dramatique lorsque, un mois plus tard, des extrémistes de l’ELF (Earth Liberation Front) vandalisent et brûlent des dizaines de véhicules chez un concessionnaire Hummer californien. 

Comme pour le H2, la gamme du Hummer H3 comprenait une camionnette à caisse courte. Imaginez si elle existait toujours aujourd’hui, elle aurait pour rivale le Jeep Gladiator !

Dès lors, les ventes de la marque déclinent et l’image du « Hummer pollueur » s’incruste dans la pensée populaire. Cependant, personne n’évoque les minifourgonnettes d’alors, qui sillonnent par centaines de milliers les routes du continent en polluant l’air davantage que tous les Hummer construits !

En 2009, GM, en faillite, retire la marque du marché. Sa vente avortée à la société chinoise Tengzhong, l’année suivante, sera un mal pour un bien, car la notoriété de son vocable ne s’est jamais étiolée. Le GMC Hummer 2023, nouvelle vedette de l’électrification du constructeur, le démontre éloquemment. De nouveau, GM a su flairer la bonne affaire !

Le Hummer pollueur s’est transformé en Hummer protecteur de l’environnement avec ce nouveau véhicule électrique : le GMC Hummer 2023.

Sur la photo d’en-tête: 

Un des premiers Hummer H2 2003 arrivés au Québec, en août 2002, avait servi à réaliser un reportage photographique fantaisiste signé Mathieu Lamarre pour le magazine AutoMag.

 

 

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