Le Groupe Lallier: Un modèle de solidarité familiale

Le Groupe Lallier:  Un modèle de solidarité familiale

Une compagnie qui prospère au fil des générations, ça existe. Celles qui se serrent les coudes après la mort prématurée de leur leader et qui excellent 38 ans plus tard sont moins fréquentes. Voici les Dagenais, la famille tricotée serré qui se profile derrière les succès du Groupe Lallier.

 

Les cinq principaux piliers familiaux du clan se tiennent autour de la grande table de conférence de Lallier Kia Laval : Denise Dagenais, l’élégante et posée présidente du groupe, ses trois filles, Lucie, Sylvie et Isabelle, et leur oncle, Michel Dagenais.

Sirius: Application

D’entrée de jeu, Denise annonce : « Je pourrais passer l’hiver en Floride, mais je n’en serais pas capable. D’abord parce que je serais éloignée de ma famille, qui m’est très importante et qui est aussi la relève. J’ai un grand plaisir à partager mon expérience avec mes filles, Michel et les autres associés, des personnes aussi très importantes. »

Le ton est donné. Les liens qui unissent les membres de cette famille font vibrer la pièce. Il n’est pas né celui qui y sèmera la zizanie.

Carrières Auto

 

Faisons les présentations…

  • Isabelle, 53 ans : architecte + formation universitaire en comptabilité et finance. « Je suis la VP Finances du groupe. »
  • Lucie, 55 ans : Bien qu’elle ait dirigé une clinique d’esthétique pendant 25 ans, elle a toujours eu un pied dans le groupe. « Il y a 12 ans, j’ai fait le choix de m’impliquer à temps plein. Je suis la VP Opérations. »
  • Sylvie, 56 ans : « Quand ma fille a eu 18 ans, je me suis sentie prête à gérer une concession (le Kia de Laval), mais je suis liée au groupe depuis toujours, avec un penchant pour l’informatique. J’apporte mes connaissances un peu partout. »
  • Michel, 62 ans : « Je m’occupe beaucoup des opérations de Cartierville, mais sincèrement, mon rôle en est devenu un de mentorat. J’ai trois jeunes qui veulent monter (les deux fils de Lucie et le mien), je les accompagne. Et j’étudie les innovations qui assurent le développement du groupe, pour rester on the top. »
  • Denise, 78 ans : « Je suis encore à l’écoute… Je suis tellement heureuse de voir où nous sommes rendus. C’est une grande fierté de voir travailler ensemble mes enfants, mes petits-enfants et mes associés. »

 

L’histoire

La fascinante histoire du groupe commence avec celle de Jacques Dagenais. « À sa naissance, mon frère était un commerçant ! », résume Michel. Ses trois filles acquiescent en chœur en ajoutant les mots « inné ! », « doué ! », « visionnaire ! ».

J’ai tenté de résumer les moments forts de cette saga dans l’encadré « Évolution ». Ce qui suit relate les conseils et les commentaires de la famille face au phénomène des groupes.

 

Pourquoi pas le Groupe Dagenais ? 

Un, Jacques aimait le nom Lallier, plus court que Dagenais

Deux, il n’avait pas tardé à faire dessiner un logo Lallier, du papier à en-tête et à investir beaucoup d’argent en publicité dans le nom. Des jingles jouaient à la radio.

Trois, « philosophiquement, je vais aller plus loin, explique Michel. Jacques avait appelé Dagenais Toyota sa première concession. Mais alors, tout le monde voulait rencontrer ‟monsieur Dagenais”. Il a goûté au culte du nom et ça lui a passé l’envie de se faire déranger à tout bout de champ ».

 

La distance

À ses débuts, le groupe détenait cinq franchises éparpillées à travers le Québec. La tendance contraire est de mise aujourd’hui. Sauf exception, les groupes modernes assoient leur empire sur un territoire donné. Mais à l’époque, cet écartèlement chez Lallier a permis que Honda Canada soit à l’aise avec le fait qu’un même proprio exploite cinq franchises.

Serait-ce viable en 2019 ? « Ça serait difficile, avoue Michel. Quand la décision a été prise de se défaire de Ste-Foy, on voyageait beaucoup, c’était tough. On travaillait jusqu’à tard la nuit. Les avions. Le verglas. On était à terre ! Aujourd’hui, je regarde un gars comme Pierre Couture ou le Groupe Olivier, qui sont ‟éjarrés”, et je me demande comment ils font. Pour nous, aujourd’hui, à part Hull, tout est proche. C’est plus facile quand, géographiquement, tu peux faire le tour dans la même journée. »

 

Groupes ou solo ?

« En région, une concession solo peut très bien perdurer, assure Michel. Dans les grands centres urbains, on voit de plus en plus de groupes et des fusions (l’exemple actuel de quatre Ford dont les proprios se sont échangé des parts). Pour les gros groupes, ça peut être plus difficile, car ta structure a besoin du bon personnel. Oui, tu veux grossir, mais qui vas-tu mettre là ? Je crois que plusieurs modèles d’affaires vont se dessiner au cours des 10 prochaines années. »

 

L’actionnariat

En 1981, à la suite du décès de Jacques Dagenais, Hy Bloom, homme d’affaires, ami de la famille et exécuteur testamentaire, avise la jeune veuve : « Denise, tu prends la présidence, mais on formera un conseil d’administration qui se réunira toutes les semaines. Un comité va gérer les cinq concessions. »

« Cette stratégie, dit Michel Dagenais, a soudé l’équipe et nous a aidés à passer à travers, surtout que les vautours n’ont pas tardé. Denise a une grande qualité : elle écoute. Elle n’essayait pas de dire ‟je sais comment faire”. En même temps, elle sait passer le bon message. C’est ce qui a fait que la fidélité et la loyauté se sont installées. Oui, on l’a fait pour Jacques et Denise. On ne voulait pas faire ‟foirer” une belle business qui vendait 5000 chars par année. Mais en plus, c’était notre gagne-pain. Notre succès individuel passait par le succès global. »

Lucie insère une anecdote : « Un jour, mes sœurs et moi étions avec papa, qui nous dit : ‟J’ai reçu une offre. Quelqu’un veut acheter nos cinq franchises. Qu’est-ce que vous en pensez, les filles ?” Nous avons 15, 17 et 18 ans à ce moment-là, mais il prend la peine de nous demander notre avis. ‟Ben non, papa, pas tout de suite”, qu’on lui a répondu. Et il nous a écoutées… »

Pendant 10 ans, personne n’a revendiqué des actions, personne n’a essayé d’avoir la chaise de Denise, la seule femme au Canada à diriger cinq concessions d’une même marque.

« Des gens me téléphonaient pour savoir s’ils pouvaient avoir une franchise Honda. On faisait tellement de publicité que les gens croyaient que tout passait par nous ! », se souvient Denise en riant.

Michel a été le premier à recevoir des actions du groupe. Avant, c’était Denise à 100 %. Puis la stratégie s’est répandue à d’autres dirigeants. « Nous avons vendu des actions pour les fidéliser. C’est la bonne façon », dit la famille à l’unisson. Ainsi, Yvon Dumoulin et Jean Gauthier sont aujourd’hui DG et associés (40-640 et Hull).

Denise reste partout, selon des ententes différentes pour chaque concession. « Finalement, c’est un partenariat où on prend les décisions ensemble. On se rencontre tous les mois. Peu importe qu’on ait des actions ou pas, les décisions se prennent autour de la table et on essaie d’aller chercher un consensus. On discute en famille, mais on ne prend jamais une décision importante à huis clos. »

« Ce qui se ressemble s’assemble, philosophe Lucie. Si nos directeurs sont avec nous, c’est qu’ils pensent comme nous. »

 

Le futur

Denise a quatre petits-fils et une petite-fille. Jimmy-Jacques et Émile-Pierre, les fils de Lucie, sont respectivement DG à Pointe-aux-Trembles et l’adjoint de Michel à Laval. Martin, fils de Michel, travaille à la direction et Noémie, fille de _____, dans les opérations.

Allez-vous en rester à cinq concessions ? 

Denise : « Aujourd’hui, oui, demain, on ne sait pas… »

Isabelle : « Nous avons la relève pour grandir encore… »

Michel : « Ça va aller où le bon sens va nous amener, là où la structure (lire : le personnel) nous permettra d’assurer le succès. »

Chose certaine, le groupe, qui dispose de quatre ateliers de carrosserie, planche sur l’ouverture au printemps prochain d’un centre de véhicules d’occasion. 

 

Le secret

Il arrive que d’autres familles réussissent moins bien à passer le flambeau entre générations. Le secret des Dagenais ? 

Lucie : « Ma mère nous a enseigné à respecter et à écouter les autres. Tu gardes ta place quand c’est la tienne. »

Sylvie : « Si vous restez unis, vous allez réussir. »

Michel : « Ça fait 45 ans qu’on prend des cafés ensemble et ça a toujours été cordial. »

Et la famille possède un chalet dont tout le monde a les clefs…

 

Lallier les débuts - Groupe Concessionnaires Lallier

L’ÉVOLUTION 

1941 : Naissance de Jacques Dagenais.

 

1961 : Avec son père Émile, il vend des autos d’occasion à Pont-Viau (coin Tourangeau et des Laurentides), puis sur Lajeunesse, puis à Sainte-Dorothée (847, rue Principale). Jacques en profite aussi pour épouser Denise, âgée de 20 ans comme lui.

 

1964 : Toyota amorce ses activités en sol canadien. Hector Dupuis (futur président de la marque) et son associé Johnny Benoit veulent faire entrer la marque au Québec par l’intermédiaire de leur compagnie Montréal CMI.1967 : Hector commence à apporter des Toyota chez un Jacques plutôt sceptique. Mais voyant que ça lève, il achète un terrain sur le boulevard Saint-Martin (le 3665, que la famille possède encore). 1969 : Ouverture officielle de Dagenais Toyota. Jacques a 26 ans.

 

1970 : Ça va bien. Si bien qu’il devient le plus gros concessionnaire Toyota au Canada avec plus de 1000 ventes annuelles.

 

1972 : La crise du pétrole + une gamme inadéquate de modèles + l’octroi par Toyota d’une autre franchise trop proche (à Vimont) incitent Jacques à céder sa concession au constructeur tout en lui louant la bâtisse. Lorgnant du côté d’AMC-Renault, il achète un bâtiment près du pont de Cartierville.

1975 :

  • Pâques : Sa famille installée à Repentigny, Jacques visite son ami Roger Lallier, nouveau franchisé Honda. Deux jours après, il lui achète sa concession, que Denise va gérer. Lallier Automobile inc. est née. Le plan de Jacques : AMC-Renault à Cartierville et Honda à Repentigny. En juin, il change d’idée. Ce sera plutôt une 2e concession Honda à Cartierville. Son frère Michel, 16 ans plus jeune, devient son homme à tout faire.
  • Décembre : Lallier Honda Charlesbourg, 3e concession Honda.

 

1976 :

  • 4e concession : Lallier Honda à Gatineau (sur la rue Gréber, puis déménagé en 1978 sur le boulevard Saint-Joseph).
  • 5e concession : Jacques achète le garage O. Gosselin pour y implanter une succursale Honda. En l’espace de 18 mois, cinq concessions Honda !

 

1980 : En octobre, les cinq succursales deviennent des entités indépendantes.

 

1981 : Le 9 avril, à 39 ans, Jacques meurt dans un accident d’hélicoptère (il projetait en devenir le distributeur canadien). Réunis en catastrophe dans la maison des Dagenais dès le lendemain du décès, les dirigeants de Honda Canada sont inquiets. Après tout, le groupe Lallier contrôle 25 % du marché québécois ! Quand tous les DG, également présents, assurent Denise de leur soutien indéfectible, celle-ci rassure à son tour Honda : « On continue ! »

 

1991 : Jean-Louis Duplessis, d’abord DG à Hull puis à Québec (1988), achète le Lallier de Sainte-Foy. De son côté, Julien Lavoie, DG et associé, achète Cartierville.

 

1996 : Jean-Louis Duplessis achète Charlesbourg. Aujourd’hui, ses fils assurent la relève.

 

1998 : Julien Lavoie, désireux de prendre sa retraite, revend Cartierville à Denise et à Michel.

 

1999 : Kia entre dans le portrait, d’abord à Gatineau.

 

2009 : Deux nouveaux Kia, à Aylmer et Laval

 

2016 : Déménagement de l’ancien Repentigny dans de nouveaux locaux rebaptisés Lallier Automobile 40-640 inc.  

 

2019 : En juin, le groupe achète ALBI Honda de Pointe-aux-Trembles, qui devient Lallier Automobile (P.A.T.) inc. 

 

 

Le Groupe Lallier Aujourd’hui 

Aujourd’hui, le Groupe Lallier exploite 4 franchises Honda et un Kia :

  • Lallier Automobile (Montréal) inc. (à Cartierville)
  • Lallier Automobile 40-640 inc. (ancien Repentigny)
  • Lallier Automobile (Hull) inc.
  • Lallier Kia de Laval
  • Lallier Automobile (P.A.T.) inc. (à Pointe-aux-Trembles)

Nombre d’employés : 280

Véhicules neufs vendus en 2018 : 4100

Véhicules d’occasion vendus en 2018 : 4100

Chiffres d’affaires en 2018 : plus de 200 millions

 

Catégories: Industrie

À propos de l'auteur

écrire un commentaire

<