Steeve De Marchi, directeur général de l’Association des marchands de véhicules d’occasion du Québec (AMVOQ)

Entrevue avec Steeve De Marchi sur l’avenir qui attend le département F&A

Selon Steeve De Marchi, directeur général de l’Association des marchands de véhicules d’occasion du Québec (AMVOQ), si rien n’est fait pour mieux encadrer les départements financiers des concessionnaires de véhicules automobiles et récréatifs, il craint que ces départements finissent par disparaître du paysage de l’industrie sous la forme qu’on leur connaît maintenant.

 

Comment expliquer cette crainte de votre part ?

Depuis des années, les acteurs liés à la vente automobile n’ont pas bonne réputation. Selon le dernier sondage Léger sur le Baromètre des professions qui inspirent la confiance, la profession des vendeurs automobiles (incluant celle des employés du département financier) se trouve, une fois de plus, dans les bas-fonds du classement. En fait, non. Pour une première fois depuis des dizaines d’années, une autre profession nous devance : les influenceurs. S’ajoutent à ce piètre résultat de nombreuses plaintes enregistrées chaque année auprès de l’Office de la protection du consommateur. Bon an mal an, le milieu automobile représente plus de 15 % des plaintes que reçoit l’organisme.

 

Que s’est-il passé pour en arriver là ?

Plusieurs éléments ont contribué à ce qui est presque devenu aujourd’hui un « monstre ». Depuis déjà 1998, les concessionnaires de véhicules automobiles et récréatifs ont le privilège de distribuer des produits d’assurances sans représentants (DSR), des produits pour lesquels ils n’ont pas l’obligation d’être accrédités. Au fil des années, certains concessionnaires de véhicules neufs et d’occasion ont réalisé que les profits issus de la vente de ces produits pouvaient rapporter davantage de revenus que le profit de la vente du véhicule en soi. D’ailleurs, le profit sur les ventes de véhicules a lui-même fondu graduellement depuis 20 ans.

Plusieurs ont ainsi déployé des techniques créatives, pour ne pas dire « récréatives », afin de générer des profits plus élevés.

Parallèlement, il y a eu l’arrivée des outils technologiques et d’Internet qui ont, eux aussi, favorisé la situation actuelle. Grâce aux nouvelles plateformes, les commerçants ont commencé à afficher le prix le plus bas pour attirer le consommateur. Après tout, cette stratégie du plus bas prix pouvait largement être compensée par la vente de produits DSR, une lucrative source de revenus. Plusieurs ont ainsi déployé des techniques créatives, pour ne pas dire « récréatives », afin de générer des profits plus élevés. Ces ventes de produits font justement l’objet de quatre poursuites collectives menées par le cabinet Lambert Avocats. Et c’est loin d’être terminé.

 

Que voulez-vous dire ?

On compte actuellement un peu plus de 6200 commerçants de véhicules automobiles, de loisirs et récréatifs au Québec. Plus de la moitié de ces établissements ne sont membres ni de la CCAQ, ni de l’AMVOQ, ni d’aucun autre regroupement de véhicules récréatifs. Ce sont des électrons libres qui ne sont pas tenus de suivre un code d’éthique ou soumis à des comités de discipline.

Et comme ces commerçants ne tiennent pas d’inventaire, ils peuvent disparaître de la map encore plus facilement qu’un commerçant qui détient une adresse.

De plus, le Web contribue à l’apparition de commerçants qui ne tiennent pas d’inventaires. On en compte déjà plusieurs dizaines au Québec. Et il pourrait y en avoir davantage si ce n’était de la barrière de la langue. Malheureusement, les méthodes de ventes de produits DSR de certaines de ces entreprises nuisent à l’industrie. Et comme ces commerçants ne tiennent pas d’inventaire, ils peuvent disparaître de la map encore plus facilement qu’un commerçant qui détient une adresse.

 

Quelles sont vos solutions ?

Il faut réglementer notre industrie. Depuis plusieurs années, le fardeau de la profitabilité des concessions repose sur les performances du département F&A. Certes, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a resserré la vis en 2017 en imputant la majeure partie de la responsabilité de la vente des produits aux assureurs eux-mêmes. Mais ce n’est pas suffisant. Les départements F&A nécessitent un bien meilleur encadrement. 

Chez nos voisins, en Ontario, les commerçants de véhicules suivent déjà une formation minimale afin de renouveler annuellement leur permis de ventes de produits DSR. Et pas juste les F&A… tous les intervenants. 

Depuis au moins cinq ans, nous faisons des pressions auprès de l’AMF afin de réglementer les départements de F&A et la profession. Nous militons fortement pour que soit attribué un certificat restreint aux directeurs et directrices des départements financiers. L’obtention et le maintien de ce certificat devraient, en plus, être renouvelés chaque année. Chez nos voisins, en Ontario, les commerçants de véhicules suivent déjà une formation minimale afin de renouveler annuellement leur permis de ventes de produits DSR. Et pas juste les F&A… tous les intervenants. 

 

Que préconisez-vous comme mesures F&A auprès de vos membres ?

Plus que jamais, la prospérité d’un département F&A passera par la conformité.

Plus que jamais, la prospérité d’un département F&A passera par la conformité. La conformité aux règlements des autorités supervisant la démarche de vente (OPC et AMF), la conformité aux directives des assureurs et la conformité aux directives des institutions prêteuses. Il est important pour nos membres de considérer cet élément dans le modèle d’affaires du département. 

À l’ère des médias sociaux et du partage de l’information, il est tout aussi important de donner au client ce qu’il recherche : confiance et transparence. Bien protéger une transaction automobile est non seulement acceptable, cela est fortement recommandé pour plusieurs clients. Il faut par contre s’assurer qu’on le fait dans cette intention… 

 

En conclusion ?

Tant et aussi longtemps que le directeur ou la directrice des départements financiers, et par conséquent le concessionnaire qui les emploie, ne seront pas pleinement responsables des gestes commis sous leur toit, les irrégularités vont se poursuivre. C’est l’AMF qui a le pouvoir d’établir ces nouvelles règles. C’est lourd et laborieux de modifier une loi, mais il en va de la pérennité du département F&A.

 

 

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