Bombardier voulait charmer les acheteurs d’autos avec la Vénus

Le Québec a eu son lot de rendez-vous manqués avec l’industrie automobile. La Manic, SOMA-Renault à Saint-Bruno, GM à Boisbriand et Hyundai à Bromont sont sans doute les mieux connus. Il y en a un autre dont on parle peu, les sources concernées étant peu loquaces. C’est le projet Vénus de Bombardier. Dans les années 80, il aurait pu faire de Valcourt un nouveau centre de production automobile d’importance.

À l’époque, Bombardier produit du matériel ferroviaire, des véhicules militaires et des véhicules récréatifs. Lors d’un voyage en France, son président, Laurent Beaudoin, découvre les petites voitures de ville sans permis. À son retour, il lance à son entourage l’idée d’en fabriquer. Ainsi démarre le projet d’un « Véhicule économe nouveau, utilitaire et sécuritaire » ou Vénus.

 

Laurent Beaudoin et la Vénus de Bombardier. Laurent Beaudoin a été chef de la direction et président de Bombardier de 1966 à 2008. 

 

En novembre 1983, l’entreprise québécoise s’allie à Daihatsu, seul constructeur nippon encore absent du continent. Ce constructeur, qui ne doit être qu’un fournisseur des composantes mécaniques nécessaires à la Vénus (le moteur tricylindre et la boîte de vitesses de la sous-compacte Cuore) se transforme rapidement en partenaire d’une coentreprise devant assembler deux modèles Daihatsu en plus de la Vénus.

Entre-temps, pour créer sa citadine, Bombardier recrute Jean Labbé, un designer frais émoulu de l’Art Center College of Design de Los Angeles. Il se distinguera plus tard avec les voitures Azur du métro de Montréal. Peu après, Louis Morasse, autre finissant en design industriel, se joint à lui. Il dirige maintenant le design des véhicules commerciaux légers de Renault, en France. 

 

Avec Jean Labbé, Louis Morasse a signé le design de la Vénus. Il est aujourd’hui directeur du design chez Renault pour les véhicules commerciaux légers. 

 

Des maquettes prennent forme suivies, en 1985, de prototypes grandeur nature dont un fonctionnel. L’idée de fabriquer une citadine n’a rien de saugrenu. Jusqu’ici, ce créneau a été boudé par les constructeurs sur notre continent. De plus, Valcourt a une capacité de production à combler, la demande pour les motoneiges ayant chuté. 

Faute d’avoir des concessionnaires familiarisés avec les autos, Bombardier envisage une autre alliance pour la vente et l’entretien de sa voiture : ici, Canadian Tire s’en chargera, alors qu’aux États-Unis, ce sera Sears. D’ailleurs, avec un prix de 5000 $, l’acheteur pourra même l’acheter avec sa carte de crédit !

 

La Charade devait être le second produit Daihatsu assemblé à Valcourt en 1991.

 

Dans La Presse du 13 janvier 1987, Laurier Cloutier annonce que dès 1988, Valcourt pourrait produire 20 000 Rocky, un petit 4×4. Puis, en 1991, une nouvelle usine livrerait 220 000 véhicules par année : 120 000 Daihatsu Charade et 100 000 Vénus, 80 % de la production étant destinée aux États-Unis. Des prévisions ambitieuses qui ne se concrétiseront pas.

 

Le Daihatsu Rocky qui aurait pu être assemblé à Valcourt en 1988.

 

À l’été 1987, Bombardier met fin au projet. L’acquisition de Canadair a détourné des fonds nécessaires au secteur automobile en devenir. De plus, l’augmentation radicale de la valeur du yen, une surcapacité grandissante qui tare les grands constructeurs et l’apparition de sous-compactes bon marché sur les marchés nord-américains justifient l’annulation du projet. C’est sans compter la décision prise par Daihatsu de lancer sa marque chez nos voisins du sud… sans consulter Bombardier ! 

 

Sur la photo d’entête

Prototype roulant de la Vénus de Bombardier. Photos tirées du site Internet public du Musée de l’ingéniosité J. Armand Bombardier

Lien: Musé Bombardier https://museebombardier.com/artefacts/venus/

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