Ainsi pense Antoine: L’éthique du directeur financier

Ainsi pense Antoine: L’éthique du directeur financier

204 $ aux deux semaines. Un paiement qui peut sembler raisonnable pour un Honda CR-V à traction intégrale ou encore une Volkswagen Passat. Mais lorsqu’il est question d’une Hyundai Accent 2017 achetée neuve en 2018, et financée sur 84 mois, on ne peut plus qualifier cette somme de « raisonnable ». En fait, si vous comptez bien, cette petite Accent GL automatique s’accompagne d’un coût d’acquisition total de 37 700 $. Tout ça pour une voiture qui, à la base, coûtait à peine 16 800 $ avant taxes. Par: Antoine Joubert

 

Sirius: Application

 

Une balloune? Même pas!

Le réflexe de la plupart des gens serait alors de penser qu’une dette accumulée sur une ancienne voiture (une balloune) a été ajoutée à celle de cette petite Hyundai. Hélas non, même pas. On parle ici d’une dame qui s’est littéralement fait lessiver dans le bureau du directeur financier. Une situation malheureusement trop fréquente, sur laquelle l’industrie doit réfléchir.

 

Le cas précis de cette Accent achetée à gros sous concerne une personne de mon entourage. Une mère de deux enfants, qui a connu de grosses difficultés financières et qui doit avoir recours à la deuxième chance au crédit. C’est à la suite d’une visite chez un marchand de véhicules d’occasion, où elle s’était rendue pour magasiner une Hyundai Accent 2015, que la dame a choisi de se diriger chez un concessionnaire Hyundai pour l’achat d’un véhicule neuf. Pourquoi ? Parce qu’en raison de sa cote de crédit, le taux de financement pour un véhicule d’occasion allait avoisiner les 20 %, lui avait-on dit.

 

Apercevant une publicité où on affichait l’Accent 2017 à 13 999 $, la dame était conséquemment curieuse d’en savoir plus. Arrivée en concession, le modèle ainsi affiché n’était plus disponible. Il ne restait que des versions GL à boîte automatique, qu’on vendait grosso modo à 2800 $ de plus. Or, on lui a rapidement fait miroiter qu’elle pourrait se procurer la voiture à un taux plus alléchant. Toujours en deuxième chance au crédit, mais à 10,25 % plutôt qu’à 20 % ! Le problème, c’est que pour qu’elle soit admissible au financement, on l’a obligée à opter pour une garantie prolongée de 2600 $. Et on lui a aussi fait croire que si elle ne choisissait pas la garantie de remplacement (valeur à neuf) vendue à 2613 $, le taux de financement serait fortement haussé. En ajoutant à cela deux frais de concessionnaire de 499 $ (administration et frais relatifs à la garantie de remplacement, comme indiqué sur le contrat), la somme totale nécessaire pour l’acquisition de cette Hyundai Accent déjà âgée d’un an montait à 26 495 $. Et en couronnant le tout des frais de financement d’un peu plus de 11 000 $, on arrive à une dette totale d’un peu plus de 37 700 $.

 

Pourquoi donc cette cliente avait-elle choisi la Hyundai Accent ? Parce qu’elle la savait bien garantie, fiable et surtout pas chère. Or, la petite voiture lui coûtera environ 200 % du prix qu’elle s’imaginait débourser au départ. Tout ça parce que le directeur financier a décidé de jouer la totale, sans égard aux besoins de la cliente, et dans le seul objectif de son profit personnel.

 

Une ligne fine

Évidemment, je suis parfaitement conscient de ce que représente le métier de directeur financier. Son travail est de vendre du financement et des produits, pour en tirer profit. Normal. Et certains de ces produits sont viables et avantageux, alors que d’autres tombent selon moi dans une catégorie discutable. Mais lorsqu’on profite de la naïveté et de la vulnérabilité d’un client en difficulté financière, je ne marche plus. Parce que la conséquence de ce geste sur le portefeuille du client peut être extrêmement dramatique, mais aussi parce qu’il est clair que dans la plupart des cas, le client ne mort qu’une seule fois à l’hameçon.

 

Dans ce dossier, plusieurs agissements sont considérés comme abusifs par l’Office de la protection du consommateur. Parce qu’il n’est pas moral de forcer un client à choisir une protection sous prétexte qu’elle est nécessaire à l’approbation de crédit. En fait, tous frais ajoutés par nécessité pour l’approbation d’un financement doivent faire partie des frais de crédit eux-mêmes, ce qui n’est pas le cas dans ce dossier. L’OPC condamne également les frais abusifs de la garantie de remplacement, vendue à une somme trop élevée, ainsi que les deux frais de concessionnaire de 499 $ facturés illégalement. Ceux-ci, pour être légaux, doivent faire partie du prix de vente affiché sur l’étiquette de vitre, ce qui n’était évidemment pas le cas.

 

Une question d’éthique

Quel est donc mon objectif ici ? Non pas d’empêcher les ventes des directeurs financiers et des concessionnaires. Je crois plutôt qu’il faut se questionner sur l’éthique professionnelle de certains d’entre eux et, surtout, sur la profitabilité à long terme de tels gestes, qui n’ont en fin de compte qu’un effet néfaste sur l’image des concessionnaires et de l’industrie en général.

 

En terminant, j’ose espérer que le concessionnaire en question n’aura pas le culot de rappeler la cliente dans trois ou quatre ans pour lui offrir de remplacer sa voiture, en lui octroyant un financement supplémentaire pour la non-équité de sa dette automobile (la balloune) sur celui d’une voiture neuve. Vous me direz que le client est toujours libre de dire non, mais ce n’est pas à vous que j’apprendrai qu’un certain type de vendeur pourra faire miroiter cette transaction comme s’il s’agissait d’un rêve inespéré…

 

Catégories: Industrie

À propos de l'auteur

écrire un commentaire

<