Antoine Joubert: 5000 $… pour vous ?

Et voilà ! Le gouvernement Carney ramène la subvention fédérale de 5000 $ pour l’achat d’un véhicule électrique, et un montant coupé de moitié pour les hybrides rechargeables. D’un point de vue consommateur, tout cela peut sembler bien alléchant. D’autant que ces rabais ne s’appliquent que pour des véhicules plus abordables (50 000 $ et moins). Mais entre vous et moi, le consommateur en bénéficiera-t-il vraiment ? Vous savez bien que non…
Un cadeau aux consommateurs ou aux constructeurs ?
Je m’adresse donc à vous, chers concessionnaires, qui, depuis environ un an, devez supporter des stocks onéreux et fournir des efforts surhumains pour vendre ces électriques que vous fourguent les constructeurs, non pas sans vous mettre une certaine pression. Parce que quoi qu’on en dise, l’industrie croit toujours que le Québec est l’endroit au Canada où on peut encore en vendre un maximum. Ce n’est pas faux. En proportion, un plus grand nombre d’acheteurs est encore convaincu que cette technologie leur convient. Et ça, c’est très correct.
Maintenant, si les Libéraux ramènent la subvention, c’est soi-disant dans l’optique de mousser les ventes en offrant un « cadeau » aux consommateurs. Une somme totalisant 2,3 G$ sur cinq ans, payée par les contribuables, qui leur reviendrait en quelque sorte par l’abaissement des prix. N’est-ce pas prendre les consommateurs pour des imbéciles ? Je m’explique : à l’automne 2024, un véhicule électrique coûtait cher. On le vendait au prix de détail suggéré du manufacturier, sans un sou de rabais, et on le finançait à taux standard. Aujourd’hui, alors qu’il ne reste que 2000 $ de subvention du provincial (au moment d’écrire ces lignes), les constructeurs offrent des rabais mirobolants de même que des taux hautement subventionnés. Et tout cela fait en sorte qu’un véhicule électrique ne coûte pas plus cher au consommateur que ce qu’il coûtait en décembre 2024.
Des rabais déjà là, avant même la subvention
Les Chevrolet Equinox EV, Fiat 500e, Ford Mustang Mach-E ou Hyundai Kona Electric ne sont que quelques exemples. Des véhicules qui, en janvier 2026, coûtaient même moins cher qu’en décembre 2024 malgré une diminution des subventions par 10 000 $ ! Alors, est-ce que le retour d’une subvention de 5000 $ du fédéral fera réellement baisser la facture de ces véhicules à la hauteur de cette somme ? Bien sûr que non. Les constructeurs ajusteront leurs offres en conséquence en augmentant les taux de financement et de location et en diminuant les rabais octroyés. Par exemple, ce rabais de 7000 $ offert par GM pour l’Equinox, qui, au 1er février 2026, pouvait être financé à un taux de 0 %. Gageons que cette offre diminuera progressivement pour être quasiment éliminée au printemps. Ce sont donc les constructeurs et, par ricochet, les concessionnaires (dans une moindre mesure) qui bénéficieront de ces sommes, de l’argent qui facilitera la commercialisation de modèles plus accessibles pour les consommateurs, surtout dans le contexte d’une faible valeur de notre dollar.
Soyez-en certains, vous ne reverrez pas de sitôt les gens se battre aux portes pour acheter des électriques comme c’était le cas il y a une quinzaine de mois. Les acheteurs seront plus réfléchis, plus pragmatiques, et compareront plus attentivement les offres avant de faire leur choix. Il faudra donc que les constructeurs soient compétitifs, sachant également qu’un nombre grandissant de modèles plus abordables arriveront sur le marché. Sans compter ces véhicules chinois, qui pourraient venir brouiller les pistes. Toute cette situation ramène pour les concessionnaires ce jeu d’un marché artificiel qui, au final, a été extrêmement complexe à gérer. Un jeu par moments lucratif, mais suivi pour certains de lourdes conséquences.
Chers concessionnaires, vous devrez donc user de stratégie pour freiner les probables ardeurs soudaines de vos DSM, qui tenteront certainement de vous allouer un maximum de véhicules électriques. Gérer l’offre face à la demande sera un nouveau défi qui s’installera dans les prochains mois, en attendant de voir quel sera le réel engouement des consommateurs pour cette nouvelle vague qu’essaie de créer le gouvernement Carney, un gouvernement qui, je vous le rappelle, n’impose plus de quotas sur les électriques, mais qui souhaite (à mon avis maladroitement) donner un coup de pouce à l’industrie automobile canadienne en incitant les constructeurs à relancer leurs activités.
Alors, tant mieux si les ventes de véhicules électriques grimpent à nouveau en 2026 grâce à cette action. Mais si cela survient, ce sera en raison d’une offre plus riche et nombreuse. Non pas parce que les véhicules sont soudainement 5000 $ plus abordables qu’il y a quelques mois… Partager Partager



