L’électrique en 2026, par Antoine Joubert

L’année 2025 aura été généralement profitable pour l’industrie automobile, mais elle aura aussi été marquée par de lourds défis pour plusieurs constructeurs et concessionnaires, qui n’avaient peut-être pas anticipé une chute aussi radicale des ventes de véhicules électriques. Il faut dire que la diminution du prix du carburant dans la plupart des provinces canadiennes en conjonction avec le retrait de la subvention fédérale pour l’achat d’un VÉ a eu pour conséquence de désintéresser une grande partie de la clientèle, qui a même pour la plupart rebroussé chemin, c’est-à-dire qu’elle a délaissé l’électrique pour revenir à de l’essence ou à une motorisation hybride.
Au Québec, les observations sont évidemment plus nuancées, puisque l’électrique est plus ancrée dans les mœurs. Il faut dire que les fortes subventions ont contribué à faire découvrir la technologie à des gens qui n’auraient autrement jamais fait le saut. Or, avec un coût d’acquisition toujours plus élevé, des primes d’assurance en forte hausse et avec comme seule subvention 4000 $ taxes incluses, les acheteurs ont été drôlement moins nombreux. Les chiffres sortiront d’ici peu, mais on estime que les ventes de VÉ ont chuté de 40 % à 50 % pour l’année 2025 au Québec face à 2024. C’est énorme dans un contexte où l’objectif du gouvernement va en sens contraire. Somme toute, environ 14 % des véhicules vendus au Québec en 2025 sont électrifiés. On est loin de l’objectif de 22 %.
Cela signifie donc que les constructeurs auront de lourdes pénalités à payer, alors que les décisions gouvernementales vont à l’encontre des objectifs établis. Sans compter que le 10 novembre dernier, Québec est venu jouer les trouble-fêtes en modifiant les règles d’admissibilité aux subventions, pratiquement du jour au lendemain. Ces règles ont nui aux produits vendus par Hyundai, Kia, Lexus et Volvo, des marques qui n’avaient pas prévu de se faire encore une fois couper l’herbe sous le pied à la dernière minute.
Faire à sa tête ou tenter l’impossible ?
De façon individuelle, les concessionnaires auront assurément tendance en 2026 à maximiser la vente de véhicules à essence, au détriment des électriques. Ils se vendent vite et bien, alors que les VÉ doivent au contraire s’accompagner de généreux rabais et de taux avantageux pour attirer l’acheteur. Cette constatation sera encore plus évidente en 2026, puisque la subvention gouvernementale accordée a été diminuée de moitié pour n’atteindre que 2000 $. Aussi bien dire qu’elle n’existe plus. Cette somme ne représente que 4 % du coût d’un véhicule de 50 000 $ et peut être absorbée par une diminution de quelques points du taux de financement.
Inutile de vous dire qu’on ne se rue pas aux portes pour acheter des Mach-E, Ariya, Ioniq 5 et F-150 Lightning. Conséquemment, les concessionnaires n’ont guère envie d’en commander de nouveaux en grande quantité, sachant qu’ils devront supporter plus longtemps des produits moins faciles à vendre. C’est une réalité tout autre qu’en 2024, mais elle frappe fort, et les constructeurs n’ont d’autre choix que de pousser la vente de ces véhicules pour atteindre ou, du moins, se rapprocher des objectifs de ventes des gouvernements. Et pour cause, les concessionnaires sont en proie à une pénalité équivalente à 20 000 $ par véhicule sous la cible instaurée par le gouvernement.
Imaginez, la cible du Québec pour la vente de VÉ en 2026 est de 32,5 %, alors que l’année en cours se terminera encore une fois autour de 14 %. Cet objectif, en plus d’être irréalisable, ne tient pas la route et se heurte au recul de l’électrification des transports. Pourtant, la CAQ refuse de revoir, en tout cas pour le moment, ses objectifs, n’en faisant évidemment pas une priorité. Or, avec près de 20 % d’écart entre la cible et les ventes, pour un constructeur qui écoule 25 000 véhicules au Québec, cela pourrait représenter une pénalité maximale à payer d’un demi-milliard de dollars ! Pour la province de Québec seulement. Vous imaginez ! Aussi bien fermer boutique.
On peut évidemment espérer que les ventes de VÉ augmenteront au Québec en 2026, notamment avec l’arrivée de produits comme les Kia EV3, EV4 et EV5, dont les prix seront hyper concurrentiels, et avec le retour des Chevrolet Bolt et Nissan LEAF ainsi que la venue de nouveaux produits plus pragmatiques, par exemple du côté de Subaru et de Toyota. Ce ne sera certainement pas suffisant, cependant. Il faut donc que la CCAQ mette de la pression sur le gouvernement et qu’on trouve rapidement un terrain d’entente afin d’éviter ce scénario catastrophe, cette situation embarrassante pour tous qui implique des sommes colossales et qui ne tient que sur la décision de quelques fonctionnaires n’en mesurant clairement pas le poids.
N’oubliez pas qu’un constructeur comme General Motors ou Ford, où on cesse temporairement la production de VÉ en raison des surplus d’inventaire, n’a que faire des décisions du gouvernement du Québec. Surtout dans le contexte actuel. N’oubliez pas non plus qu’un constructeur comme Honda ou Mazda, qui ne vend guère de véhicules électriques (ou presque), mais qui fabrique des véhicules nettement moins polluants que la moyenne, se voit davantage pénalisé. Et rappelez-vous que ce genre de règle donne avantage à des constructeurs comme Tesla et Vinfast, alors que l’industrie automobile canadienne souffre énormément de son côté. Reste à voir si une décision sera prise et si Québec prendra en considération le souhait de l’industrie, mais aussi des consommateurs, qui nagent tous à contre-courant.
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